Emmanuelle Gall


Au centre de la Vielle Charité, dans le cadre de l'exposition Picasso Voyages imaginaires, le Concept Store 'Les Échelles' expose les poupées d'Emmanuelle Gall inspirées des civilisations dites «premières» et de l’histoire de l’art, aux antipodes des Barbies.

Un musée imaginaire

« Moi j’tricote, j’suis idiote... » C’était le refrain préféré des hommes de la famille, lorsque, tirant la langue, je tricotais ma première écharpe au point mousse sous les regards attentifs de ma mère et ma grand-mère. Je devais avoir sept ou huit ans. En grandissant, j’ai longtemps méprisé les ouvrages de dames pour leur préférer l’écriture et l’art contemporain. J’ai enseigné les lettres classiques et suis devenue journaliste. Plus tard, j’ai renoué avec le tricot et, dans le même temps, avec ma mère, ma grand-mère ainsi que toutes celles qui, depuis toujours, cousent, brodent, tricotent, pour le plaisir ou par nécessité : les Arianes, les Pénélopes et les anonymes, artistes sans ego, amateures avec un e. J’ai eu envie de fabriquer des poupées pas idiotes, inspirées des civilisations dites «premières» et de l’histoire de l’art, aux antipodes des Barbies. Une façon de renouer avec la dimension initiatique et magique de l’objet poupée, tout en évoquant la féminité, la transmission, l’intelligence du corps.

Une interprétation du musée imaginaire défini par André Malraux.

Black is the color…

« ...of my true love’s hair », chantait Nina Simone en 1966. Vingt ans auparavant, les psychologues Mamie et Kenneth Clark inventaient le test «de la poupée noire et de la poupée blanche». On connaît la suite : la poupée noire est considérée comme « la laide » et « la méchante » par la majorité des enfants (noirs) interrogés. Ce test a été reproduit en maintes occasions et dans plusieurs pays avec, chaque fois, un bilan comparable. Un jour, ma grand-mère m’a offert une poupée antillaise en cuir brun, portant de précieux vêtements à la mode du XIXe siècle et des bijoux créoles. Sa tante lui avait transmise à mon intention avant de mourir. Elle m’a interdit de jouer avec et m’a conseillé de la donner à un musée quand je serai plus grande. J’ai appris bien plus tard que nous descendions d’Eulalie, une esclave guadeloupéenne affranchie en 1839. Est-ce la raison pour laquelle je crée désormais des poupées noires ? Peut-être. C’est aussi parce que je suis touchée par les œuvres qui me les inspirent. Issues de civilisations blessées par la colonisation, inspiratrices d’une part importante de l’art occidental, chacune de ces figures est porteuse d’un sens, d’une richesse esthétique et culturelle à la portée universelle.

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